Combattre les violences sexuelles

Entretien avec Stéphanie Wattier et Géraldine Mathieu, professeures à l’UNamur et Codirectrices du Centre Vulnérabilités et Sociétés

 

L’ouvrage Combattre les violences sexuelles propose une analyse principalement juridique – mais pas exclusivement – des réponses que le droit apporte pour prévenir, sanctionner et réparer les violences sexuelles. À la croisée de la doctrine juridique et de l’analyse sociétale, cet ouvrage offre des clés pour réfléchir, agir et contribuer à la lutte contre toutes les formes de violences sexuelles. Nous nous sommes entretenus avec ses autrices, Stéphanie Wattier et Géraldine Mathieu, toutes deux professeures à l’UNamur.

Pourquoi cet ouvrage à propos des violences sexuelles ?

Avec les membres du Centre Vulnérabilités et Sociétés, nous sommes parties du constat de l’absence d’un ouvrage en sciences juridiques en Belgique francophone qui s’attacherait non seulement à mettre en lumière les violences sexuelles mais également, et surtout, qui rende compte de la façon dont elles sont appréhendées par le droit. En optant pour le titre Combattre les violences sexuelles, nous avons volontairement opté pour une posture engagée car nous avons la conviction que c’est aussi le rôle de la doctrine juridique que de mettre en lumière certains phénomènes sociétaux trop peu connus, trop peu dénoncés, trop peu analysés, voire banalisés.

Avez-vous l’impression que l’appréhension des violences sexuelles a évolué ces dernières années ?

Il nous semble qu’il faut identifier un « avant » et un « après » #MeToo. La propagation fulgurante de ce mouvement via les réseaux sociaux a permis une libération de la parole des femmes victimes de violences sexuelles qui n’avait jamais été observée jusqu’alors. Le mouvement #MeToo a d’ailleurs permis une libération de la parole à l’échelle de l’ensemble des violences sexuelles. Auparavant, ces violences étaient indéniablement caractérisées par la culture du silence, par le manque de reconnaissance et le faible recours à la justice. Désormais, elles tendent à être de plus en plus souvent dénoncées ; les victimes sont davantage écoutées et la sensibilisation en la matière s’est considérablement accrue. Néanmoins, les défis demeurent nombreux…

Quels sont d’après vous ces principaux défis qui demeurent ?

Sur le plan juridique, il y a notamment les difficultés liées à l’établissement de la preuve des violences sexuelles, et donc à la condamnation de l’auteur. Il y a aussi la question de la « réparation » : comment réparer l’irréparable ? Par des dommages et intérêts ? Par une sanction pénale, civile ? Ne faut-il pas songer à des peines alternatives ? La justice restauratrice constitue-t-elle une manière de « réparer » ? En outre, se pose la question des moyens efficaces pour lutter en amont contre les violences sexuelles. Pour ce faire, même si des formations existent – notamment auprès des magistrats et des services de police –, il faut constater qu’elles sont encore trop peu nombreuses, entre autres au niveau des barreaux, et surtout, il faut constater que l’éducation, dès le plus jeune âge, ne se concentre pas encore suffisamment sur les moyens d’éradication de ces violences. 

Votre ouvrage accorde une attention particulière aux situations de vulnérabilité. Pourquoi était-ce un axe central de votre reflexion ?

Les violences sexuelles s’inscrivent très souvent dans des rapports de pouvoir, d’autorité ou de dépendance. Les personnes en situation de vulnérabilité – en particulier les enfants, mais aussi les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou les étudiantes et étudiants – y sont davantage exposées et rencontrent des obstacles spécifiques pour faire reconnaître les violences subies. Or, ces contextes restent encore insuffisamment appréhendés par le droit. En les plaçant au cœur de l’ouvrage, nous avons voulu interroger la capacité du système juridique à protéger effectivement les personnes les plus exposées.

Quel message souhaitez-vous adresser, à travers cet ouvrage, aux juristes et aux acteurs de terrain ?

Nous espérons avant tout susciter une prise de conscience et encourager une mobilisation collective. Le droit n’est pas neutre : il peut invisibiliser, mais aussi révéler, protéger et transformer. Aux juristes, nous souhaitons rappeler leur rôle essentiel dans la reconnaissance des violences sexuelles et dans l’évolution des normes et des pratiques. Aux acteurs et actrices de terrain, nous espérons offrir des outils de réflexion susceptibles de nourrir leur action quotidienne. Plus largement, cet ouvrage est une invitation à penser autrement la lutte contre les violences sexuelles, en décloisonnant les approches et en plaçant les victimes, leurs droits et leur dignité au centre de toute réponse juridique.


 

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